Le charme d’Obama n’a pas opéré. Ceux qui avaient rêvé d’une fin idyllique de son second mandat dans la ville qui l’avait vu naître politiquement ont déchanté. Rio organisera les Jeux olympiques d’été de 2016 et Lula de verser une larme qui en dit long sur les efforts consentis pour en arriver là. Contrairement au président américain qui ne s’est intéressé à la candidature de sa ville d’adoption que depuis quelques semaines, son homologue brésilien a mené une diplomatie olympique active depuis au moins un an. Pas une tribune, un sommet, une occasion où il n’ait rappelé l’enjeu olympique. Il est fort à parier que le sujet était à nouveau sur la table lors du sommet Amérique latine-Afrique de la semaine dernière.
Malgré les doutes sécuritaires, Rio s’imposait. Certes depuis quelque temps, le CIO avait pris un malin plaisir à déjouer les pronostics en cédant aux sirènes sonnantes et trébuchantes d’Atlanta (1996), de Londres (2012) ou de Sotchi (2014). Mais le sens de l’histoire devait mener le grand barnum olympique à Rio en 2016, dans un pays qui, deux ans, plus tôt aura organisé l’autre événement sportif planétaire, la coupe du monde de football.
Pour la première fois, l’Amérique latine accueillera les Jeux. Organiser les Jeux est aujourd’hui considéré comme un certificat de puissance pour un État, capable à la fois de financer l’accueil des épreuves et de convaincre diplomatiquement les membres du CIO de voter pour eux. Jusqu’alors c’était l’Asie qui avait illustré le mieux l’équation : puissance – organisation des Jeux olympiques. En 1964, le miracle japonais permet à Tokyo d’accueillir les Jeux. En 1988, Séoul est choisie, symbole de la réussite économique insolente des dragons d’Asie. Enfin, last but not least, la superpuissance chinoise éclate au grand jour en 2008. Lula en avait fait un argument clef de sa longue campagne, ne cessant de rappeler que le Brésil est la seule puissance à ne pas avoir organisé les Jeux olympiques.
Cette équation est-elle vraie aussi pour les perdants ? Le Japon déclinant ne pouvait espérer organiser les Jeux si peu de temps après Pékin. Selon le même raisonnement, on imaginait mal deux olympiades de suite dans l’espace communautaire européen, éliminant Madrid. Mais Chicago ? L’Amérique semblait à l’écart de l’habile équilibre entre les continents, elle qui a organisé les Jeux en 1984, en 1996 et en 2002 ? Certes, l’Amérique a connu des échecs par le passé, comme en 1956 avec pour l’organisation des Jeux, finalement à Melbourne, ou en 2012 avec l’élimination de New York au second tour. Seulement, pour la première fois le président américain a fait le déplacement, en chamboulant un calendrier incroyablement chargé entre enjeux internationaux et blocages intérieurs. Si les Jeux valident la montée en puissance du Brésil comme hier de la Chine, doit-on analyser la défaite –proche de l’humiliation après une élimination dès le premier tour de scrutin- de Chicago comme un signe du déclin de l’Amérique ? On pourrait y voir un signe de l’indépendance du CIO si dans un passé proche l’institution helvète n’avait pas tant de fois prouvé sa perméabilité au lobbying politique et financier. Les tensions entre le CIO et le comité olympique américain sur la question de la redistribution des droits télés a certainement joué beaucoup dans l’échec de Chicago. En terre d’Olympie, l’argent est sacré.
Une chose est sûre, le retour de Barack Obama au pays s’annonce pénible. Si les habitants de Chicago n’étaient pas très emballés par l’idée d’organiser une olympiade coûteuse, on peut être sûr que les adversaires du président américain, et ils sont de plus en plus nombreux à sa droite comme à sa gauche, proposeront une lecture politique de l’échec de Chicago. Obama n’a pas réussi à retourner une situation qui était, il est vrai, mal, engagée. Il n’est pas le magicien que nous avions cru voir en lui. Pour les néo-conservateurs, qui ne sont pas morts loin de là, cet échec révèle l’ampleur des erreurs d’Obama dans son nouveau rapport au monde. Pour eux, à force de s’excuser et de rechercher le dialogue avec tous et chacun, leur pays s’est affaibli. Fox News a trouvé un nouvel os –en forme d’anneaux olympiques- à ronger.
Cependant, quel que soit le résultat Obama pouvait s’en féliciter. En grand communicant, il s’est déjà félicité de la victoire de Rio qui illustre d’une certaine manière sa vision d’un monde plus équilibré. Une victoire de Chicago aurait, à l’inverse, renforcé l’impression d’une Amérique qui dicte sa loi. Certes. Mais dans une Amérique qui doute, dans laquelle une bonne partie de l’opinion guette et espère le moindre faux pas du locataire de la Maison-Blanche, une question reste en suspens : qu’est venu faire Obama dans cette galère ? S’il voulait détourner l’attention des Américains des grands problèmes du moment, comme le penserait un Chomsky, l’échec de la candidature de Chicago transforme ce voyage en fiasco total dans la mesure où il donne du grain à moudre aux tenants du déclin de l’Amérique.
La situation en Afghanistan, en Irak, les démonstrations iraniennes ou coréennes, l’incapacité à faire avancer la paix au Proche-Orient, les difficultés à faire voter une loi sur le climat ou sur la santé… Autant de défis immenses face auxquels l’organisation des J.O. pès peu, à moins qu’ils ne soient le miroir grossissant et déformant d’une Amérique en crise.