Vendredi 30 octobre 2009 5 30 /10 /Oct /2009 11:37
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas pour la Nasa. Le chaud et le froid s’alternent avec un malin plaisir sur le tarmac de Cap Canaveral. En juillet, le quarantième anniversaire du premier pas, américain, sur la lune était célébré avec le faste que l’on doit à un exploit immense. Mais entre deux bulles de champagne, les ingénieurs de la Nasa avaient des motifs d’inquiétude.

L’ère des navettes s’achève. Les navettes, ce sont les images de l’Amérique triomphante de mon enfance. Des noms magiques, Entreprise (qui n’a jamais volé dans l’espace), Columbia, Challenger, Discovery, Atlantis et Endeavour (et Moonraker…chez James Bond), qualifiaient d’étranges objets idéntifiés à mi-chemin entre l’avion et la soucoupe volante. Des shuttle réutilisables pour voler en orbite basse, avant la lune, en somme, mise en orbite par une fusée et atterrissant en douceur, comme un planeur, sur notre belle planète. Ces navettes ont desservi et permis à la mise en place de stations spatiales.
Les drames n’ont pas manqué. Qui ne se souvient pas des images de Challenger, désintégrée à peine plus d’une minute après son envol en janvier 1986 ? Et du destin brisé de Christa McAuliffe, jeune institutrice choisie parmi des milliers de volontaires pour être la première « citoyenne de l’espace »… En févier 2003, c’est Columbia qui s’est à son tour désintégrée lors de son retour sur Terre tuant sept astronautes dont la première femme d’origine indienne dans l’espace, Kalpana Chawla.

Le succès du lancement d’Arès I cette semaine fait entrer la conquête spatiales américaine dans une nouvelle phase Théoriquement, il doit permettre le lancement de la capsule réutilisable Orion, qui remplace les navettes. C’est un retour à l’esprit du premier programme lunaire Apollo (une capsule). Le programme Constellation voulu par l’Administration Bush vise, en effet, à ramener des hommes sur la lune (en 2020) mais aussi plus tard sur Mars (en 2050), et à développer des capsules capables de rester bien plus longtemps en orbite tout en« normalisant » son programme spatial –les Russes, les Européens, les Chinois utilisent des capsules.
Dans un monde parfait, le dernier vol d’une navette spatiale est programmé pour 2010. Quelques mois plus tard, Orion prend le relais et peut remettre des Américains en orbite… Oui, mais voilà, dans une Amérique en crise économique, le programme spatial a pris du retard. Orion ne sera opérationnel qu’en 2015 et plus sûrement en 2017. Or, cette année-là sera la dernière de l’ISS (la station spatiale internationale partagée avec les Russes et les Européens). Pendant au moins 5 ans, les astronautes américains seront dépendants des capsules russes (les fameuses capsules Soyouz) et européennes. Et, ils regarderont les taïkonautes chinois rattraper leur gap technologique en multipliant les vols habités.

La Nasa est d’autant plus inquiète que le président Obama doit rendre des arbitrages budgétaires qui pourraient mettre en cause le programme Constellation lui-même. Le rapport du Comité Augustine mis sur pied par la Maison-Blanche a rendu à Obama son rapport en août 2009. Il pointe le problème majeur : « There has not been this long a gap in U.S. human launch capability since the U.S. human space program began ». Selon ce rapport, le budget de la NASA devrait être rallongé de 3 milliards pour mener à bien le projet Constellation, ce qui, en période de vache maigre n’est pas dans l’air –c’est le cas de le dire- du temps… Le Comité Augustine préconise de repousser la durée de vie des navettes jusque 2011, voire 2015, le temps de permettre à des sociétés privées de développer des lanceurs légers permettant d’amener des Américains en orbite basse. Enfin, si le projet d’exploration de Mars à l’horizon 2050 reste d’actualité, le passage via la Lune n’est pas nécessaire, des astéroïdes et les points de Lagrange (les curieux scientifiques trouveront une explication ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Point_de_Lagrange) pourraient servir de bases.

La Nasa n’a pas pu se réjouir longtemps du quarantième anniversaire des premiers pas sur la lune, ni de la réussite du premier lancement d’Arès I. Les nuages s’amoncellent dans le ciel américain. Le nouveau président américain ne semble pas prêt à tous les sacrifices pour la conquête spatiale.

Dans ce domaine, au moins, Obama n’est pas Kennedy.
Par Sneg
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